Ne croyez surtout pas que je hurle
Installé depuis sept ans dans le
coin perdu d'une campagne alsacienne avec son compagnon - pour fuir
Paris - Frank Beauvais se retrouve plongé dans l'isolement après la
rupture amoureuse. Entre avril et octobre 2016, il visionne des
centaines de films, dont les extraits de 400 vont composer cet essai.
Film de montage donc, Ne croyez surtout pas que je hurle
est le journal de cette période. Le récit autobiographique en voix off
déroule à vive allure un quotidien marqué par la dépression, les aléas
familiaux, les attentats et les mouvements politiques qui soulèvent
alors la France et l’Europe.
Le film, inscrit dans une essence expérimentale par le found footage,
la dépasse remarquablement en construisant une véritable dramaturgie
dans la mise en concert des images. Les extraits sont singulièrement
évidés de leur substance narrative initiale et circonscrits à des
gestes, des moments de films qu’on ne reconnaît pas. Leur articulation
travaille les ruptures et les continuités, dans les formes, motifs et
couleurs, et par-delà, avec la voix off. Une voix tenant comme d’un seul
souffle, qui ne s’arrête que très rarement, pour emporter avec elle le
spectateur dans une tourmente poétique et concernée de notre époque. Un
brûlot politique sur la désertification des services publics dans les
zones rurales et la montée de l’extrême droite, appelant à un
sursaut. L’intime rejoint ici le politique, précisément par le prisme
des images, leur tourbillon. Un film de cinéphile débordant d’un amour
démesuré pour le cinéma, son partage et ses possibilités d’agir avec le
réel.
(Joffrey Speno)
Etoile de la Scam 2021.
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