Ciné-club : séance du 24 mars

Cinéma & révolution

Le Fond de l’air est rouge

Chris Marker

« Le cinéma a la passion du mouvement et non celle du format »[1], écrit Claire Mercier, se désolant de ce que la logique utilitariste du capitalisme ait mis au pas le scénario, l’ait vidé de son “dynamisme de structure morphologique” pour le réduire à une marchandise, à une grammaire. Elle rejoint Pasolini, pour qui la volonté révolutionnaire doit concerner tout système politique ou formel : « Qu'un individu, en tant qu'auteur, réagisse contre le système et en construise un autre, voilà qui me semble simple et naturel; de même pour les hommes, qui, en tant qu'auteurs d'Histoire, réagissent à la structure sociale et en construisent une autre, à travers la révolution, c'est-à-dire par la volonté de transformer la structure »[2].

Le Fond de l’air est rouge explicite le réveil du sentiment révolutionnaire d’après-guerre et ses développements polyphoniques, de l’avènement du maoïsme à la Guerre du Vietnam, de la Révolution cubaine à la diffusion du principe de Guérilla, de la mort du Che à la répression des multiples soulèvements de la jeunesse, aux Etats-Unis, en Amérique latine, au Japon, en Europe et en France au cours des années 1967-1968, et du printemps de Prague au renversement de Salvador Allende. Y apparaissent les discours et les symboles, et s’y téléscopent les rhétoriques du pouvoir, celles de l’impérialisme ou du conservatisme ordinaire et celles de la lutte, les aspirations finalement contradictoires de la jeunesse et du monde ouvrier, des forces sociales et des appareils politiques et syndicaux, jusqu’à la convergence vers le « Programme commun ».

Si « tous ont échoué sur les terrains qu’ils avaient choisis. C’est quand même leur passage qui a le plus profondément marqué les données politiques de notre temps »[3], écrira Chris Marker. Présentant son film comme dialectique, ce dernier écrit encore « j’ai essayé pour une fois (ayant en mon temps passablement abusé de l’exercice du pouvoir par le commentaire-dirigeant) de rendre au spectateur, par le montage, « son » commentaire, c’est-à-dire son pouvoir »[4].

Grégoire Quenault

[1] MERCIER Claire, La Cinéfable entre récit et drame, L’Harmattan, Paris, 2017, p. 86

[2] Ibid., p. 85

[3] MARKER Chris, Le fond de l’air est rouge, scènes de la troisième guerre mondiale, texte et description d’un film de Chris Marker, coll. Voix, éd. Iskra et François Maspero, Paris, 1978, 4ème de couverture

[4] Ibid., p. 7



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